| Si je mintéresse
à l'interdisciplinarité, c'est sans doute parce que
jai souffert, durant toute ma scolarité, dun redoutable
clivage entre les lettres, les arts et les sciences.
La séparation
des savoirs a un peu changé aujourd'hui. Mais à lexception
de quelques départements universitaires, les formations supérieures
maintiennent encore un certain cloisonnement disciplinaire. Lorsque
jétais étudiant, mon égal intérêt
pour la musique, le dessin, les mathématiques, la philosophie,
et la psychologie relevait d'un défaut de sélection,
d'une indécision maladive, d'une sorte de strabisme mental
divergent, bref, d'une dispersion jugée dangereuse pour mon
insertion professionnelle.
Lidée
quune personne se livrant à plusieurs activités
est, au pire, une personne douteuse (vie double ou multiple, donc
vie occulte), au mieux quelquun qui se disperse, car selon
ce point de vue nul ne pourrait apprendre ou pratiquer "correctement"
plusieurs disciplines à la fois, provient dune confusion
fréquente entre interdisciplinarité et pluridisciplinarité
(voir la partie de ce site consacrée à léLISA).
A la différence
de la pluridisciplinarité, qui nimplique aucune affinité
entre les disciplines, linterdisciplinarité repose
sur lexistence dune partie qui leur est commune. Cette
partie concerne la nature des objets étudiés,
ou les méthodes dinvestigation, dexpérimentation
ou de vérification utilisées. La capacité didentifier
de telles parties dépend évidemment du degré
de connaissance quon a des disciplines concernées.
Ma formation en
lettres, arts, et sciences, due à une
totale incapacité de renoncer à lune ou à
lautre (mais au prix de plusieurs années dun
emploi du temps et de lespace particulièrement acrobatique
entre la Sorbonne, les Beaux-Arts, Jussieu, lInstitut Henri
Poincarré, le Collège de France), ma permis
de (ou ma condamné à) :
considérer
ma pratique psychanalytique comme une épistémologie
clinique (qui cherche à construire la représentation
quun sujet a de sa relation au monde, afin de laider
à la changer);
vivre
mes exercices quotidiens sur guitare classique, non comme des entraînements
dinstrumentiste professionnel, mais comme des rituels corporels
(comme pour certains arts martiaux) liés à des systèmes
de représentation gestuelle;
concevoir
mes expériences en informatique musicale, non comme des créations
compositionnelles, encore moins comme des uvres, mais
comme de simples recherches logiques sur les écritures
programmatiques par contraintes;
construire
mes cours et conférences autour des "nouvelles technologies"
comme déclinaisons de problématiques générales
(anthropologiques) de la communication chez le mammifère
humain.
Psychothérapie,
pratique instrumentale, composition musicale et recherches cognitives
ne sont donc pour moi que des points de vue différents
sur une même zône, interdisciplinaire.
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