|
Création et processus aléatoires
Etant admis que composer avec le hasard néquivaut pas à faire ou à laisser faire nimporte quoi, il convient de spécifier des règles génératives et den délimiter les seuils dapplication. Ce qui impose, avant de créer son uvre, de créer ses propres programmes. Un pinceau gorgé de peinture fixé à sa queue, nimporte quel âne se montre capable de réaliser des objets "picturaux" passibles de commentaires savants desthètes humains, informés ou non du projet de lauteur. Les critiques dart y excellent. La question-clef est celle de lintentionnalité. Lauteur a-t-il délibérément cherché à produire tel effet sur lobservateur, ou leffet observé nest-t-il quune conséquence fortuite de facteurs externes, incontrôlés, voire inconscients ? La biche qui laisse son empreinte dans la glaise du chemin na voulu indiquer ni son poids, ni sa taille, ni sa destination, ni sa vitesse, mais le chasseur averti saura faire sens de ces signes pour motiver son action ,( généralement prédatrice). Il y a là plus dun trait commun avec la progression de lélève sur les chemins de traverse quimpose toute formation artistique (il sagit de la biche et non de l'âne !). En composition musicale assistée par ordinateur (CmAO),, la part laissée au hasard est affectée à des processeurs chargés dopérer des choix à la place de lauteur à lintérieur de registres définis et seuillésbornés. Les capacités de mémorisation et de calcul de la machine libèrent le compositeur de tâches répétitives ou dexpérimentations fastidieuses, quil ne songerait probablement pas à accomplir par lui-même. Il peut donc se concentrer sur lessence de sa production, cest-à-dire sur les choix proprement esthétiques. L " "intelligence musicale artificielle "" offre un autre avantage. En aidant à concevoir et en exécutant le développement dalgorithmes, dont la prolifération serait incontrôlable à échelle humaine, elle permet de pousser des hypothèses jusquà leurs conséquences ultimes et de découvrir des " "solutions "" originales, jusque-là impensablesées. Enfin, le traitement logiciel de linformation sonore autorise desl analyses très fines de créations, dont certains traits structuraux fondamentaux échappent à loreille nue. Ce qui offre une aide à la compréhension des faits musicaux, et donc un puissant levier pédagogique. Tout cela nest possible que si lon souscrit, comme le font la plupart des compositeurs contemporains, à la thèse selon laquelle: 1) il ny a pas de pensée compositionnelle sans modèles (conscients ou inconscients), 2) il ny a pas de réalisation de modèle sans écriture, 3) il ny a pas décriture sans système de notation (ou de représentation).. A lexaminer de près, cette thèse déborde largement le cadre de la création musicale. Elle ne semble pourtant guère en uvre dans les "nouvelles images" que nous livrent aujourdhui cette société passée, en quelques siècles, de la "logosphère" (où limage capturait, célébrait, voyait au sens de la voyance, sur le mode de lintolérance religieuse), à la "graphosphère" (où limage captivait, créait, contemplait, sur le mode de la rivalité personnelle), puis à la "vidéosphère" (où limage est captée, visionnée, veut obsessionnellement innover et surprendre, sur le mode de la concurrence économique).
|