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Art, société et nouvelles technologies Conférences-débats autour des nouvelles technologies de l'information et de la communication - Théatre 95/ 1997- 98
Plutôt que daccroître la cacophonie des propos actuels sur les nouvelles technologies, les rencontres proposées tenteront de clarifier, de manière critique, les termes et les notions en jeu. Le langage couramment employé en la matière fait en effet apparaître des amalgames, des clivages, des contresens, des interprétations, des dérives par rapport aux notions scientifiques dorigine, et qui ne sont dailleurs pas propres aux nouvelles technologies le chemin de fer, lélectricité, la vidéo, le Minitel ont suscité dès leur apparition des réactions défensives ou promotionnelles fort semblables. Il existe assurément des structures de comportement relativement stables (ces fameuses "mentalités "que plus dun politicien rêve de changer). Mais le plus remarquable est la récurrence de certains postulats, thèmes et procédés rhétoriques au sein du discours médiatique. Par exemple, linsistance à vouloir fonder les cultures (et les relations de pouvoir en particulier) sur un substrat biochimique: droit du plus fort ou du plus résistant, droit du " sang ", etc. Les lois de la nature présideraient ainsi aux destinées humaines. Or la nature nest autre que la définition que sen donne une culture. De la culture à la nature biologique, il y a en fait des réductions intermédiaires. Du politique au social dabord (les relations de pouvoir ne dépendraient que de positions de classe) ; du social au psychologique ensuite (les chefs tireraient leur autorité de capacités intrinsèques); du psychologique au biologique enfin (ces capacités seraient inscrites dans les gênes). La personnalité, le caractère, le tempérament, la constitution, et le tout récent" relationnel" cher à nos spécialistes du recrutement en entreprise, sont amalgamés au sein de théories ad hoc (du moins quand il y a théorie). On peut dès lors prétendre "expliquer" par la seule hérédité toutes les tares de lhumanité, et attribuer le don, le talent et le génie à la présence de traits tout aussi biologiques, parcimonieusement accordés par quelque intelligence supérieure ou par un équivalent mathématique tel que le hasard. Cette logique a produit les banques de sperme, où celui de Prix Nobel est, si lon ose dire, fort coté en bourse. Les "explications" fondées sur cette logique absorbent les contradictions qui menacent leurs thèses, comme le système médiatique ses critiques (voir la prolifération des émissions parodiques au sein même du média parodié). La polémique entre Pierre BOURDIIEU et Daniel SCHNEIDERMANN sur le pouvoir journalistique a été à cet égard très instructive. Autre exemple de réduction celle qui ramène dabord le sens, cest-à-dire la valeur que prennent les choses dans lhistoire personnelle, à des significations, cest-à-dire au codage de ces choses au sein dun langage imposé, puis résume lensemble à des signaux convenus, censés véhiculer ces significations le long de canaux de communication au bénéfice présumé de tous (image " internautique "du village mondial, véritable capital social virtuel). Ce qui renvoie, circulairement, au biologique, terme de la réduction précédente (les réseaux de neurones par exemple, métaphore sinon modèle de la communication sociale future). Les principales conséquences de ces réductions idéologiques sont les suivantes. une confusion constante entre le message et le signal, entre léchange symbolique et celui de lémission, de la propagation et de la détection des signaux physiques. Cest sur cette même erreur que reposent la pensée magique, la superstition, la croyance dans la réalité de communications paranormales. Ceci est particulièrement intéressant, sagissant de pratiques sociales et de technologies qui revendiquent un haut degré de rationalité, comme linformatique et les télécommunications. Cette assimilation est largement entretenue par la référence au fameux schéma de la communication de SHANNON (1948), formulé en termes démetteur, de message et de récepteur, conçu à lorigine pour modéliser et optimiser le réseau téléphonique des Etats Unis, puis repris par de pseudo-sciences pour décrire (et optimiser?) toutes les communications humaines, verbales et non-verbales. des contagions de sens - information = communication = expression (avec des confusions politiquement graves entre liberté de parole, liberté dexpression et liberté de communication); - réalité = simultanéité (avec lobsession du temps "réel ", mythe dactions sans délai qui ne sétendraient que dans lespace) - virtualité = artifice (et la confusion entre illusion et leurre); - téléprésence = téléaction = télécommande (modèle idéal du pouvoir à moindre énergie); et par-dessus tout, la tendance générale à réduire les nouvelles technologies à celles de limage, limaginaire à limagination, quand ce nest pas à la mémoire seule, et à celles de la connexion, qui font de nous des êtres culturellement "branchés".
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