Doute et pédagogie douteuse

L'enseignant qui s'interroge sur son enseignement et sur ses critères d'évaluation, avec autant d'anxiété que l'élève d'ailleurs, s'interdit en général de communiquer des certitudes, et même ses préférences (à commencer par ses préférences esthétiques). Surtout s'il se réclame d'une pédagogie centrée sur l'élève (tutorat ou maïeutique par exemple), son comportement est fait de prudence, de respect de l'autre, d'un regard bienveillant et d'une grande parcimonie de messages évaluatifs. Le climat affectif paraît hautement permissif. Lorsqu'elle est authentique, une telle attitude permet dans la confiance mutuelle un développement fécond de la relation pédagogique, qui se révèle fondamentalement incompatible avec les réquisits de l'évaluation, entendue comme sanction du cursus.

Dans le simulacre de non-directivité, le doute pédagogique se mue en une pédagogie du doute : l'enseignant qui répugne à transmettre des certitudes, des vérités ou des universaux, transmet en fait une masse d'incertitudes, en particulier quant à la relation pédagogique elle-même. L'élève est pris dans une complicité qui l'effraie. Il doit suppléer à l'absence de directives par la production d'objets non repérés, dans un cadre qu'il doit lui-même définir, et fournir au juge les éléments de son jugement. Aux yeux de certains enseignants, la situation est satisfaisante, car ils lui trouvent un air de contrat pédagogique librement consenti. Or, le contrat pédagogique est autre chose (voir par exemple Filloux 74), où l'évaluation porte, non sur les produits de l'élève, mais sur la relation enseignant/enseigné.

Jésus

Albrecht Dürer, Jésus parmi les docteurs (65x80 cm),1506, Lugano, Collection Thyssen.