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L'évitement du groupe. Face à un groupe d'élèves vécu par l'enseignant comme anxiogène (on peut considérer la montée d'anxiété comme rupture d'un équilibre homéostatique intrapersonnel), la fuite serait dans bien des cas l'option la plus adéquate. Elle est rarement possible, sauf au plan imaginaire. Mais la fuite imaginaire ne suffit pas à apaiser une angoisse réelle. De surcroît, les rituels d'auto-réassurance, doigts ou bras croisés devant soi, mains enlacées sous la table, pieds enchevêtrés ou visage partiellement masqué par les mains constituent des messages décryptables par le groupe (on ne peut pas ne pas communiquer) et la conscience de ce danger, véritable feed-back positif, ne fait qu'accroître l'anxiété. Il n'est pas pire calvaire pour l'éreutophobe que de se sentir rougir en public. Bien que du point de vue physiologique il ne puisse rougir au-delà d'un seuil déterminé, déjà impressionnant, l'éreutophobe est convaincu qu'il irradie une énergie illimitée. L'enseignant ne peut donc éviter le groupe ; mais il peut faire beaucoup de choses pour éviter qu'il y ait groupe. La tactique du morcellement (diviser pour régner) est d'une efficacité notoire du moins en ce qui concerne la réduction de l'insécurité et de l'anxiété corrélative. Elle est également pratiquée par les chefs d'établissement et, à un autre degré, par les administrateurs centraux, voire les cabinets ministériels, ce qui contribue à réduire considérablement son efficacité organisationnelle ; mais cet aspect de la question relève de la théorie des groupes institutionnels et n'entre pas dans mon propos ici. Au niveau du groupe-étudiant, la tactique du morcellement peut suivre deux voies différentes. La première vise à individualiser le fonctionnement du groupe en le niant en tant que tel. La seule unité pertinente dans la perception de l'enseignant est l'individu-élève, l'ensemble n'est qu'une addition fortuite de co-présences arbitraires. Dans l'espace symbolique de l'école, il n'existe aucun plan intermédiaire entre celui de l'enseigné et celui de l'enseignant : l'élève fait figure sur fond général d'établissement, ou d'année. D'où la difficulté d'envisager le groupe-enseigné comme support pédagogique possible. La seconde voie dans l'évitement par morcellement revient à fractionner le groupe en parties disjointes. Les objets pertinents ne sont plus ici des individus atomisés avec lesquels l'enseignant peut n'entrer qu'en relation duelle, mais des sous-groupes capables de réorienter vers les sous-groupes " concurrents " une " agressivité " primitivement dirigée vers l'enseignant, du moins dans son imaginaire. Le problème est ici que le groupe des élèves peut effectivement, par une nécessité systémique de différentiation et de spécification, être amené de lui-même à se scinder en sous-groupes ; la réalité objective du phénomène masque alors à l'enseignant celle, tout aussi objectivable, de sa tactique défensive-adaptative, et le confirme dans l'idée que le groupe est un foyer d'hostilité à étouffer ou canaliser au plus tôt. |