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La délégation machinique et la musique assistée par ordinateur
Elle sopère aujourdhui de deux manières : par des dispositifs de remplacement ou des dispositifs de recherche (et de création). Pure substitution, le remplacement ne change pas qualitativement le résultat quon obtiendrait par les moyens ordinaires, par exemple sans se servir dordinateur ou de machine sonore. Le contexte est ici économique : à la fois moindre dépense et commerce. Simuler un timbre complexe sur un ordinateur est moins coûteux quengager un orchestre symphonique. De tels dispositifs à amortissement rapide permettent rarement une réelle avancée créative : ils ne sont pas conçus pour cela. Les matériels et les logiciels utilisés ont simplement pour fonction daccélérer les procédures de réalisation. Les studios professionnels de grand format sont ainsi de plus en plus délaissés au profit du petit format de "home studios" à la portée de nimporte quel musicien qui, pour quelques dizaines de kF, peut réaliser à la hâte des enregistrement dune qualité technique dailleurs suffisante, la qualité compositionnelle étant une autre affaire. Les "synthétiseurs" ny sont généralement pas employés conformément à leur principe fondateur, mais pour reproduire des sons synthétisés en usine et dans lesquels lutilisateur na quà puiser, comme le peintre amateur ou lécolier dans une palette chromatique préfabriquée. Cest ce quon pourrait appeler la musique Lefranc-Bourgeois. La commercialisation des premiers synthétiseurs a paradoxalement produit une masse dambiances sonores de nature identique (dans lesquelles une oreille exercée reconnaît loutil générateur), alors que lintérêt du synthétiseur est de créer des sons inouïs jusque-là. Quant aux logiciels, leur usage dans ces dispositifs consiste à "émuler" ou à "simuler" par une interface visuelle des opérations en fait directement réalisables sur les machines, suivant la logique de confort propre à tout système de télécommande. Sagissant de recherche acoustico-musicale ou de création artistique, les dispositifs matériels sont souvent identiques à ceux du domaine précédent. A ceci près quon les utilise dans leur fonction première : linvention de sons ou despaces sonores nouveaux. Du coup, les logiciels du commerce suffisent rarement à la tâche, malgré la "puissance" vantée par leurs vendeurs (quel compositeur a dailleurs besoin des 200 pistes de tel séquenceur "professionnel" ?). La délégation machinique devient nécessaire lorsque le compositeur rêve de structures sonores irréalisables par les moyens physiques classiques, par exemple le son dun gong dont la taille varierait dans le temps entre 2 mètres et 150 mètres de diamètre, ou celui produit par le frottement dun archet de 10 mètres de long sur le bord dune plaque de verre de 1000 mètres au carré et de 0,5 mm dépaisseur. Les possibilités des logiciels commerciaux sarrêtent où commencent les logiciels de recherche et de création développés par lIrcam (Institut de Recherche et de Coordination Acoustique / Musique), cest-à-dire à la frontière qui sépare lacoustique réelle, ou plus exactement laudition (de plus en plus commercialisée) de sons convenus, de ce quon pourrait appeler lacoustique virtuelle, ou modélisation mathématique de phénomènes sonores dont les sources sont physiquement inconstructibles, mais dont les réalisations acoustiques sont tout à fait audibles (cest évidemment là tout leur intérêt). En dautres termes, linformatique acoustique ou musicale est utile lorsquelle est nécessaire : réduction des temps de calcul, simulation du physiquement impossible, ou modélisation expérimentale.
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