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Les objectifs pédagogiques Lidée de non-directivité, reprise de la méthode daide psychothérapique inaugurée par Carl Rogers, sest introduite en pédagogie depuis une trentaine dannées. Le principe en est apparemment simple : cest lécoute attentive et inconditionnelle de lélève, qui reste seul maître de la direction de son travail, lenseignant nétant là que pour laider à formuler ses attentes (celles de lélève !), ses projets et ses moyens personnels, dans lici maintenant de la situation pédagogique. Il sagit bien dune attitude centrée sur la personne, non sur un rôle ou un savoir préalable qui lui serait extérieur. La pratique est moins simple. Dabord, il est difficile à lenseignant de mettre entre parenthèses le savoir même qui la institué comme professeur. En second lieu, linstitution scolaire désigne précisément lélève comme enseigné, et non comme personne à part entière, définissant ainsi a priori le champ de pertinence de ses comportements. De fréquents lapsus professoraux indiquent bien que lélève est souvent perçu comme enfant; à noter que sil existe dans notre culture des grandes personnes, il ne semble pas en exister de petites : lenfant est une quasi-personne. Enfin, le cursus est toujours ponctué par des sanctions qui jouent comme attracteurs. On voit que la réalité institutionnelle de lécole fait de la pédagogie non-directive une contradiction dans les termes. On peut aussi comprendre que la plupart des tentatives faites à ce jour aient été perçues comme des échecs, dans la mesure où elles nont jamais, ou presque jamais, réuni les conditions de possibilité dune véritable expérience. Dans le domaine des arts plastiques, les " expériences " tentées sont en général biaisées par la confusion entre attitude à légard du savoir et attitude à légard de lélève. Distinguer ces deux attitudes permet de définir un espace à deux dimensions dans lequel on peut situer les pédagogies typiques, étant entendu que la pratique dun enseignant combine en général plusieurs pédagogies. Le tableau ci-après appelle de nombreux commentaires. Pour le moment, je veux seulement signaler ceci : de la définition du centrage, sur le savoir ou sur lélève, il résulte limpossibilité radicale pour une pédagogie dêtre à la fois centrée sur un savoir et sur lélève, du moins simultanément. Didactique et maïeutique, par exemple, sont mutuellement exclusives.
Le champ pédagogique Théorique et pratique, cette opposition fondamentale est étendue dans lespace-temps pédagogique : un même enseignant ne peut, à légard dun même élève, adopter une pédagogie maïeutique à un certain moment, heuristique ou didactique à un autre, sans produire un écartèlement psychologique chez lélève (ce qui peut se traduire par une inhibition de la production dans une impuissance anxieuse ou, ce qui nen est quune variante, par une production stéréotypique impersonnelle). Cest ce quon observe dans la pratique courante, chaque fois que la maïeutique est adoptée sans analyse de ses conditions locales de possibilité, sans évaluation de la marge de liberté réelle de lenseignant dans son cadre institutionnel. Ce jeu pédagogique, au double sens de défaut de serrage et densemble de règles de fonctionnement, est entièrement surdéterminé par les objectifs, le plus souvent implicites ou inconscients, de lInstitution, de lEnseignant et de lEnseigné. A titre dexemple : objectifs institutionnels explicites - développer la création implicites - assurer la transmission
du patrimoine national inconscients - assurer le reclassement
de la déviance socio-familiale objectifs enseignants explicites - inculquer des méthodes
de travail implicites - découvrir des talents
cachés inconscients - nourrir des enfants objectifs enseignés explicites - apprendre un métier implicites - accomplir son désir
(!) en milieu protégé inconscients - thérapie On aura compris que ces exemples ne prétendent ni à lexhaustivité ni à la représentativité. |