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Birdwhistell, l'un des pionniers dans l'étude des comportements " non-verbaux ", estime qu'au cours d'une conversation courante les comportements proprement linguistiques véhiculent moins de 35% de la " signification sociale de la situation ", plus de 65% étant exprimés de façon non-verbale. Bien qu'il ne soit pas facile de vérifier une telle quantification au sein de chaque groupe culturel, de nombreuses observations éthologiques en confirment le sens général, et toutes les études psychogénétiques posent le primat de la communication non-verbale. La communication des nourrissons est exclusivement non-verbale : le contact avec le sein maternel ou avec la tétine, les caresses, les bercements, l'ensemble des manipulations concernant l'alimentation et les soins de toilettage sont " muets " et d'une importance décisive quant à la capacité ultérieure de l'enfant à établir et à maintenir des contacts sociaux, qu'ils soient ou non linguistiques. Même après l'apparition du langage, l'enfant, comme l'adulte, continue d'utiliser largement les moyens non-verbaux de la communication, dans la mimique, la gestuelle, la posture, l'attitude corporelle, la démarche, l'allure, le choix vestimentaire, etc. Mais, et ceci est plus décisif, la communication non-verbale est la seule qui soit utilisée (consciemment ou non) à tous les stades de la vie et dans toutes les situations, contrairement à la communication verbale qui devrait donc apparaître comme secondaire. Définir la communication non-verbale d'une façon négative , comme étant précisément non-verbale, revient implicitement à accorder une certaine prééminence à la communication verbale ce qui n'est évidemment pas sans rapport avec la fonction de la maîtrise de la langue dans les hiérarchies sociales laquelle, en toute logique, devrait plutôt être appelée communication non-non-verbale. Plus encore, l'opposition du verbal et du non-verbal est scientifiquement illégitime, étant donné qu'il est possible de communiquer sur le seul mode non-verbal (gestes, mimiques, images ), mais qu'il est strictement impossible de communiquer verbalement sans communiquer en même temps non-verbalement. Je peux faire un dessin sans le commenter, oralement ou par écrit, mais je ne peux jamais parler ni écrire sans le faire d'une certaine manière. Ainsi le rapport entre verbal et non-verbal n'est pas un rapport d'opposition, mais un rapport d'inclusion partielle : il n'y a pas une communication verbale et une communication non-verbale, mais bien une communication humaine, avec des aspects verbaux et des aspects non-verbaux. Non seulement les communications humaines sont généralement multimodales, mais elles sont aussi multimédias. [A noter le contresens dans lequel on parle aujourd'hui de multimédia]. Dans les situations les plus générales de " réception des messages ", l'activité de détection des signaux emprunte simultanément plusieurs canaux, qui sont d'ailleurs loin d'être limités à la vision et à l'audition. La préoccupation des professionnels de la communication, toute orientée vers les moyens techniques et les modalités de l'émission, éclipse les conditions de réception dans lesquelles le destinataire opère la saisie du " message " et la constitution du sens. Qu'il s'agisse de supports de presse, de réseaux radiophoniques ou télévisuels, d'affichage urbain, de publicité sur le lieu de vente, de conditionnement ou de tout autre moyen d'information idéologiquement baptisée "communication" , le destinateur ne dispose d'aucun moyen (ce qui est sans doute un bien) de contrôler et de maîtriser l'ensemble des données de la situation de réception. Pourtant, comme il est aisé de le démontrer en psychologie sociale expérimentale, le poids de la revue, la gestuelle qu'implique son maniement, la qualité tactile du papier, l'odeur de l'encre, l'environnement sonore, l'emplacement du téléviseur, l'incidence de la lumière, l'altitude du panneau, la proximité d'autres " messages ", la posture du récepteur ainsi que son état physiologique (faim, soif, fatigue ) ou affectivo-émotionnel (colère, euphorie ), et l'orientation actuelle de son activité (repos, affaire, transit ) constituent un vaste ensemble multi-factoriel à effets de site, qui détermine à la fois la détection des signaux, la " pertinentisation " des " messages ", et la formation du sens. Or le modèle standard de la communication, par la linéarité de son schéma de principe, ne permet pas de rendre compte cette multi-dimensionalité de l'information, qu'il ne faut pas non plus confondre avec l'existence d'un circuit de " feed-back ".
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